Politiques de l'amitié

Politiques de l'amitié
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Description

« “…le mot qu’Aristote avoit tres-familier : ‘O mes amis, il n’y a nul amy’.” (Montaigne, De l’amitié.) Dernier mot, dernière volonté, cette sentence testamentaire nous vient du fond des temps. Sourdement soupirée, transmise et traduite, transférée aussi en tant de langues. Mais l’apostrophe appelle peut-être une science nouvelle, comme si elle ne consentait à se laisser aimer, au prix d’une philologie singulière, que pour une philosophie encore à venir. À méditer inlassablement l’aporie d’une telle adresse, on s’enfonce dans le labyrinthe de sa provenance mais aussi de son avenir. Par provision, voici un fil d’Ariane, justement, un seul fil, tenu de main de femme, de fille, de sœur : où chemine la politique de ce “mot” ? Ouvertement ou en secret, une architecture de la cité ou de l’État n’aurait-elle pas orienté cette provocation ? Une généalogie du politique ne s’est-elle pas liée, dans notre tradition, au couple ami/ennemi et, en lui, au concept canonique et dominant de l’amitié ? L’analyse ici proposée serait aussi une contre-généalogie. Elle inquiète en effet le motif généalogique lui-même, un certain ordre de la filiation, à savoir le schème familial et phallocentrique de la fraternité, la figure du frère (plutôt que de la sœur), la virilité de la vertu dont l’autorité reste si souvent incontestée dans notre culture de l’amitié et dans les modèles accrédités de la démocratie. À l’horizon de toutes ces questions, celle de la vertu, donc, dans une démocratie à venir. La vertu, est-ce une chose du passé ? Oui et non. Le mot ainsi prêté à Aristote, qui ne l’a pas cité ? Une fois infléchi ou orchestré, jusque dans sa grammaire, par un concert d’interprètes somnambules, vigilants et automatiques, voici qu’il traverse en rêvant, récitation psalmodiée d’une immense rumeur, le grand jour de notre mémoire : de Montaigne à Kant, par exemple, de Nietzsche à Blanchot, oui, Blanchot, l’ami de Bataille et des penseurs de ce temps, le penseur de L’Amitié (“…tandis que je me remémore la parole attribuée par Diogène Laërce à Aristote : ‘O mes amis, il n’y a pas d’ami’”, ce sont aussi les derniers mots d’un autre livre de Blanchot, Foucault tel que je l’imagine). Mais l’avenir de ”ce mot qu’Aristote avoit tres-familier” vient encore sur nous. Déjà là, c’est comme s’il ne nous était pas encore arrivé, tenant en réserve, dans l’un de ses plis, une promesse de démocratie encore impensée, encore impossible, toujours à venir : la promesse même. »

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